Depuis quelques semaines, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai halluciné en scrollant Instagram ou Facebook. Le restaurant du coin, le club de sport en bas de ma rue, le salon de coiffure, la coach en nutrition : tous, en l'espace de quelques mois, se sont mis à publier des visuels générés par IA. Et le pire, c'est que je ne saurais dire lequel appartient à qui sans lire le nom du compte.
Alors soyons clairs tout de suite : je trouve ça formidable. Mais...
Le bon réflexe, la bonne intention
Que les entrepreneurs se mettent à soigner leur communication digitale, c'est une excellente nouvelle. Pendant longtemps, j'ai vu des indépendants et des petits commerces négliger complètement leur image parce que « ça coûte cher » et que Canva leur suffisait. Le fait qu'ils comprennent aujourd'hui qu'un visuel n'est pas un détail, mais un vrai levier pour se faire remarquer, c'est un progrès énorme. Gemini, ChatGPT, … ont mis entre toutes les mains un outil qui, il y a encore deux ans, demandait des compétences techniques et un budget que peu de petites structures pouvaient se permettre.
Mais voilà : comprendre qu'un beau visuel est essentiel, ce n'est que la moitié du chemin.
« Fais-moi un visuel pour mon évènement de samedi »
C'est à peu près le niveau de brief que je vois circuler. On tape une phrase, l'IA recrache une image, on la publie. Et le résultat est presque toujours le même : une police à empattement fine, un dégradé dans les couleurs, un élément graphique flouté en fond, un peu trop de texte, un peu trop d'effets. Rien de choquant pris individuellement. Le problème, c'est que ce même résultat, je le retrouve identique chez la boulangerie, chez l'ostéopathe et chez le club de foot local.
Aucune de ces personnes ne se connaît. Aucune ne partage un community manager, ni même une source d'inspiration commune. Et pourtant, impossible de les dissocier visuellement. Parce qu'elles utilisent, sans le savoir, le même outil, avec le même type de prompt, qui produit statistiquement le même genre de rendu. On a démocratisé l'accès à l'image, mais on a aussi, sans le vouloir, uniformisé tout un pan de la communication locale.
Pourquoi des années d'études n'étaient pas juste pour le diplôme
C'est là qu'il faut être honnête sur notre métier. Si des années de formation ont été nécessaires pour devenir graphiste, designer ou consultante en communication, ce n'était pas uniquement pour décrocher un papier à accrocher au mur. C'était pour apprendre à se poser les bonnes questions avant même d'ouvrir un logiciel, ou aujourd'hui, avant même de taper un prompt : à qui je m'adresse ? Quel message je veux faire passer ? Qu'est-ce qui va me permettre d'être différent des autres mais surtout reconnaissable ?
Une charte graphique, une identité de marque, une cohérence visuelle, ça ne se génère pas en une phrase. Ça se construit en amont : une palette de couleurs pensée, une typographie choisie et justifiée, des règles qu'on respecte publication après publication. L'IA sait très bien exécuter. Elle ne sait pas encore décider à votre place de ce qui fait sens pour votre activité, ni se souvenir que le visuel qu'elle vient de produire doit ressembler à celui d'hier et à celui de demain.
Et donc… concrètement ?
Je ne suis pas là pour dire d'arrêter d'utiliser ces outils, au contraire ! Mais il faut changer l'ordre des étapes :
- Définir d'abord son identité visuelle : couleurs, typographies, ton, éléments graphiques récurrents. Une base solide, posée une bonne fois, qui devient un cadre.
- Utiliser ensuite l'IA à l'intérieur de ce cadre, comme un outil d'exécution rapide, pas comme un décideur créatif. Un prompt bien nourri, qui intègre sa propre charte, produit un résultat qui ressemble enfin à quelque chose, et surtout à quelqu'un.
- Se faire accompagner, même ponctuellement, pour poser ces fondations. Une heure passée à définir une identité claire évite des mois de visuels génériques que personne ne relie à la marque.
L'IA ne remplace pas la stratégie. Elle l'accélère, si on lui donne quelque chose à accélérer.
En résumé
Le vrai enjeu aujourd'hui n'est plus de savoir utiliser une IA générative, tout le monde en est capable en cinq minutes. L'enjeu, c'est de rester identifiable au milieu de tous les autres qui utilisent exactement le même outil de la même manière. Et ça, ce n'est pas un prompt qui peut le faire à votre place.
Envie de poser les bases d'une identité visuelle qui vous ressemble avant de laisser l'IA prendre le relais ? Discutons-en ensemble.
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